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En mémoire du Professeur François LEPIRA BOMPEKA Juin 1954- Juin 2020 In Memoriam Professor François LEPIRA BOMPEKA June 1954 – June 2020


Nazaire Nseka Mangani

Abstract

En mémoire du Professeur François LEPIRA BOMPEKA Juin 1954- Juin 2020


Dans leur livre « L’art de Mourir », Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup écrivaient à juste titre: « Nous sommes mortels. Nous essayons de l’oublier. Inévitablement, de temps à autre, la mort se rappelle à notre bon souvenir et nous enlève l’un de nos proches. Un ami, un parent, un amour».


Un pur hasard du calendrier a coïncidé à un même mois, le mois de juin, les deux événements essentiels de la vie du Professeur François LEPIRA BOMPEKA : sa naissance et sa mort. En effet, François est né le 10 juin 1954 de Antoine LEPYRA, son père, et de Joséphine MANKAKA, sa mère, tous deux d’heureuse mémoire. Il nous quitte le 25 juin 2020, à 66 ans.


L’histoire de la vie de François commence dans la Ville de Bandundu, son lieu de naissance qu’il abandonne tôt pour Kinshasa, à la suite de la mutation de son père pour cette ville. Agent de l’ONATRA à cette époque, il y est appelé à la tête du bureau de l’armement de cet office des transports.


C’est donc dans la Capitale que François accomplit son cycle maternel et primaire à l’École Saint Jean Berckmans, puis ses humanités commerciales et administratives au Collège Saint Raphaël, qu’il achève en 1973. Malgré son pré-requis en sciences commerciales, il choisit de s’inscrire à la Faculté de Médecine à l’Université Nationale du Zaïre dénommée plus tard  Université de Kinshasa – UNIKIN. Il termine ses études de Médecine en 1981, avec la mention, Distinction. François n’a pas été seulement un brillant étudiant, mais également un excellent joueur de football dans l’équipe de l’Université.


Son diplôme de Médecine obtenu, il entreprend sa spécialisation en Médecine Interne qu’il parachève en 1985 par un travail de mémoire portant sur l’Évaluation de l’Efficacité et la Tolérance de l’acebutolol chez l’hypertendu Zaïrois aux Cliniques Universitaires de Kinshasa. Il obtient la mention Grande Distinction. Très intéressé à l’hypertension artérielle, il passe un stage de perfectionnement à l’Unité d’hypertension du Feu le Prof Antoon Amery de la KU Leuven. Il décroche en 2006 le titre de PhD après avoir brillamment défendu sa thèse sur les Lipides Sériques, Risque cardiovasculaire chez l’Hypertendu Congolais, sous la Direction du Professeur Jean René M’Buyamba, lui-même sorti de l’école de la KU Leuven. Plusieurs formations complémentaires et stages viendront renforcer les connaissances et ses compétences médicales.


Un personnage affable, généreux et pétillant de vie, toujours élégant et marchant d’un pas décisif, d’une voix qui porte avec un timbre dynamique très caractéristique facilitant la reconnaissance de sa présence même au loin; d’un abord facile et toujours disposé à rendre service. Homme des relations, son carnet d’adresses était bien rempli. Tel était François dans la société. Des expériences acquises lors des mandats à la tête de Programme de Sida, de la Direction des Cliniques et ainsi son séjour dans un Cabinet ministériel ont fortifié sa maturité humaine. Rien d’étonnant qu’il ait été très apprécié des partenaires belges dans la coopération interuniversitaire entre les universités flamandes et l’Unikin. En effet, il a été un précieux partenaire du Conseil interuniversitaire flamand (VLIR) à travers deux importants projets portant sur l’implémentation d’un programme de dialyse péritonéale pédiatrique à l’Unikin et à travers les autres provinces de la RDC, à savoir « VLIR TEAM project » et « VLIR JOINT project », dont il était le Promoteur local.


En tant que scientifique, il est arrivé à se forger une solide stature nationale et internationale. Grâce à ses facultés intellectuelles, avivées par un travail assidu, doté d’une grande curiosité intellectuelle, entretenant une soif inextinguible du savoir et animé d’une passion particulière pour la physiopathologie, il est devenu une personne ressource dans la direction des thèses et mémoires. Ses prises de positions dans les réunions de faculté et de département, comme celles tenues au service de néphrologie étaient très respectées pour leur grande pertinence. Chercheur obstiné, il compte à son actif une impressionnante production scientifique surtout dans le domaine des facteurs de risque cardiovasculaire dans la maladie rénale chronique. Il a été très actif dans notre revue, les Annales Africaines de Médecine à la fois comme membre du comité de rédaction, lecteur critique et auteur. A cet égard, il a publié dans cette revue 44 articles. Ses dernières publications ont planché sur l’infection au syndrome respiratoire aigu sévère à Coronavirus-2 (SARS-Cov-2), appelée COVID-19 (volume 13 n°3 juin 2020). Le présent volume contient également son 45e article dans le présent volume des AAM. Son apport dans la visibilité et le rayonnement de la néphrologie dans le monde a été évident.


Membre actif du Service de Néphrologie, le Prof François Lepira a significativement contribué à son développement, à y entretenir la cohésion, l’esprit d’équipe au sein du groupe, ainsi que l’ambiance de bonne humeur grâce à son talent de conteur disposant d’une réserve presque inépuisable d’anecdotes. Excellent clinicien, il a su allier les qualités humaines d’empathie, d’attention, de présence auprès des malades et celles de grandes compétences médicales. Il a été membre cofondateur de la Société Congolaise de Néphrologie, Soconeph en sigle, dont il était le Vice-Président.


Enseignant de qualité et très apprécié, il transmettait avec passion aux étudiants tant under que postgraduate un savoir bien maîtrisé. D’où sa grande popularité et son aura auprès de ces derniers. J’en ai été témoin à la séance d’attribution du titre de Doctor Honoris Causa au prix Nobel de la Paix, le Professeur Denis Mukwege par l’Université Protestante du Congo, et dont le Professeur Lepira était membre du jury. L’immense estime dont jouissait François était relayée par de nombreux messages de sympathie reçus à l’occasion de son décès. Certains imploraient le Dieu Éternel de pourvoir la Faculté de Médecine d’autres enseignants de même nature.


Enfin le dernier aspect et non le moindre : son engagement chrétien et sa dévotion mariale. Certes François a grandi dans un environnement familial chrétien au sein duquel on retrouve  un Monseigneur, mais une expérience personnelle vécue durant l’enfance a été déterminante dans l’affermissement de sa foi. Au cours de cette période, François contracta la variole et fut hospitalisé. L’équipe soignante ayant constaté que les soins administrés n’amélioraient pas   l’état du malade, qu’au contraire tout espoir de guérison semblait perdu, songea à le renvoyer de l’hôpital et le voir plutôt mourir à domicile. Mais pendant ce temps, une sœur religieuse qui venait de faire connaissance avec la mère du jeune patient continuait, à l’insu de l’équipe soignante, à procurer des soins qui finirent par le sauver. L’expérience du dévouement inconditionnel de la religieuse et la guérison d’une maladie mortelle qui s’ensuivit affermirent sa foi chrétienne et fini par germer en lui ce sentiment qui deviendra plus tard son amour pour les malades.


A son mariage avec madame Cécile TSHIBANDA, le couple plaça le foyer sous la bienveillante garde de la Sainte Vierge Marie de perpétuel secours. C’est la raison de la présence de la grotte mariale dans leur parcelle.


Mais hélas, c’est au moment où rien ne présageait une quelconque infortune dans sa paisible vie familiale et professionnelle que la mort intervint pour arracher François à notre affection. Puissions-nous trouver un tant soit peu de consolation en méditant cette réflexion de l’écrivain autrichien Rilke : « C’est à tort, quelquefois, si l’on s’imagine qu’une mort est prématurée. Certains êtres sont marqués par le destin de manière que la vie, pour brève qu’elle paraisse, est pourtant complète, achevée ».


La jeunesse congolaise, victime des valeurs négatives dans lesquelles elle baigne depuis bien longtemps, désespérément en quête de modèle, devrait s’approprier l’héritage moral du défunt Professeur.


Dans immense œuvre de l’éducation de cette jeunesse, voie obligée pour un nouveau Congo prospère, le Professeur François LEPIRA BOMPEKA a pris sa part.


Kinshasa, Juillet 2020


In Memoriam Professor François LEPIRA BOMPEKA June 1954 – June 2020


In “L’art de Mourir”, Marie de Hennezel and Jean-Yves Leloup rightly wrote: We are mortal. We very often try to forget it. Inevitably, from time to time, death recalls this reality to our good memory and takes away one of our beloved. A friend, a relative, a loved one”.


It was by chance of the calendar that the month of June corresponded to the birth and death of Professor Francois Lepira. Born on June 10th, 1954 by Daddy Antoine Lepyra and Mom Joséphine Mankaka, François Lepira left us on June 25th, 2020 at age of 66.


Lepira’s life story begins in the city of Bandundu, his birthplace which he left early for Kinshasa following the transfer of Daddy Antoine Lepyra, an employee at the ONATRA, named of former Congolese company, as he was to take care of its equipment office.


In Kinshasa, Lepira completed both his primary school and high school education in Commercial and Administrative Sciences at Saint Jean Berckmans Primary School, and Saint Raphaël High school (1973), respectively. In spite of a pre-requisite in commercial sciences, it is rather in Medicine that he enrolled at the National University of Zaire which later became the University of Kinshasa UNIKIN. In 1981, he completed his studies in medicine with Distinction. He was a brilliant student and an excellent soccer player in the University team. After his degree in medicine, he specialized in Internal Medicine in 1985 with Great Distinction (Magna Cum Laude). He wrote a brilliant dissertation on “The Evaluation of Acebutolol Efficicacy and Tolerance in Zairean Hypertensive Patients at the University Hospital of Kinshasa”. Highly interested in arterial hypertension, he followed a training program in the Hypertension Unit of Prof. Antoon Amery from the Catholic University of Leuven (KU Leuven). In 2006, he obtained his Ph.D. degree with a thesis on “Serum Lipids, Cardiovascular Risk in Congolese Hypertensive Patients”, under the supervision of Professor Jean René M’Buyamba, a former KU Leuven graduate. Several additional training courses and internships enriched his knowledge and skills in medicine.


Friendly, generous and sparkling with life, always elegant and walking with a resolute step, Lepira had a particular dynamic voice tone easy to identify even from distance. Easy to approach and always ready to help, Lepira was a man of relations with a well-stocked address book.  So was the man in society.


Various experiences gathered during his professional life confirmed his maturity, such as the supervision of the National AIDS Program, the Directory of Kinshasa University Hospital and his expertise in a political cabinet office. Lepira was highly appreciated by Belgian partners in Flemish Universities and UNIKIN Inter-university Cooperation Program. Indeed, he was a precious partner of the Flemish Inter-University Council (VLIR). He was the local promoter of two important projects implementing a pediatric peritoneal dialysis program at UNIKIN and in other DRC provinces, i.e. the “VLIR TEAM project” and “VLIR JOINT project”.


As a scientist, Lepira managed to build a solid national and international reputation. A hardworking man, Lepira was endowed with great intellectual faculties and curiosity, maintaining an unquenchable thirst for knowledge and a particular passion for physiopathology. He soon became a resource person for PhD students. His views during faculty and departmental meetings as well as in the Nephrology Department were highly appreciated for their relevance. An assiduous researcher, he has an abundant scientific output to his credit, especially in the field of cardiovascular risk factors in chronic kidney disease. He has been very active in our journal, the African Annals of Medicine (AAM), as a member of the editorial board, reviewer, and author. In this regard, he published 44 articles in this journal. His most recent publications were on the Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus-2 (SARS –Cov-2), known as COVID-19 (volume 13 issue 3, June 2020). Even the present volume contains his 45th article. His contribution to the reputation and influence of nephrology around the world is evident.


Prof. Lepira was an active member who significantly contributed to the development of the Nephrology Division. Endowed with good humor, storyteller’s talents and full of inexhaustible supply of anecdotes, he worked to maintain the team spirit and the group cohesion. An excellent clinician, he combined human qualities of empathy, attention and presence with the medical skills of rigorous clinical reasoning and rational therapeutic decision-making. A co-founding member of the Congolese Society of Nephrology (SOCONEPH), he served as its Vice-President.


A highly qualified and appreciated teacher, Lepira transmitted his knowledge with passion. This obviously contributed to his great fame among his undergraduate and postgraduate students. I witnessed his aura when the Protestant University of Congo invited him as a member of the jury that awarded the honorary doctorate to the Nobel Peace Prize winner, Professor Denis Mukwege. Finally, many testimonies and messages of sympathy during his funeral, implored God to endow the Faculty of Medicine with many other teachers like Lepira.


Last but not least, his Christian commitment and devotion to Virgin Maria deserve to be mentioned. Lepira grew up in a Christian family environment. A childhood personal experience strengthened his faith. Indeed, during the period of his life in the countryside, he contracted smallpox. The treatment he received did not improve the young man’s health state. According to the hospital team, the young patient’s case was desperate. They decided to send him back home to die. But bypassing this medical decision, a nursing nun, acquainted with the young man’s mother, continued to provide treatment with determination, and his health finally improved. The hospital nursing team was surprised and astonished to meet the condemned young patient in better shape. This healing experience from a declared fatal illness together with the Good Sister’s unconditional devotion gave a boost to his Christian faith and love for sick persons. His wedding with Mrs. Cecile Tshibanda and his family are under the benevolent care of the Blessed Virgin Mary of Perpetual Relief. Hence the presence of the grotto in their residence.


At a time when there was no sign of any misfortune in his peaceful family and professional life, death came to steal Professor Lepira from our affection. We might find some consolation by meditating on this reflection by the Austrian writer Rilke (Rainer Maria): “It is sometimes wrong to think that someone’s death is premature. Some beings are marked by destiny in such a way that their life, as brief as it may seem, is yet complete, accomplished.


Victims of negative values they have long lived in and desperate to find a model, Congolese youth is advised to appropriate the late Professor’s moral legacy. Obviously, in the immense work of educating young people, a must towards a prosperous Congo, Professor François Lepira did fulfill his role.


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eISSN: 2313-3589
print ISSN: 2309-5784